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"Le potentiel de la gérance rési est considérable"

14/06/2021

Group OP-Trevi compte doubler son chiffre d’affaires d'ici 2025. La société de services immobiliers mise aussi bien sur une croissance organique que sur des acquisitions externes.

Martijn Reviers

Entretien avec Guillaume Pinte, CEO d’OP-Trevi

La fusion des deux géants bruxellois Office des Propriétaires (OP) et Trevi était l'une des opérations remarquables de 2020. On assistait d'un seul coup à la naissance d’une des plus grandes sociétés immobilières du pays, forte de 270 collaborateurs et d’un chiffre d’affaires brut consolidé de 28 MEUR.

’C’était un mariage logique. Les deux sociétés étaient très complémentaires' explique Guillaume Pinte, qui dirige le groupe fusionné, Iors d’un entretien avec Expertise. ’OP se concentre sur les activités de syndic et de gestion locative, et Trevi, sur le courtage.'

L'initiative de la fusion venait de Partners Group, un fonds d’investissement international basé en Suisse, qui contrôle le français Foncia Groupe. Ce dernier était à son tour actionnaire de Trevi depuis 2012. Guillaume Pinte: ’Partners Group cherchait une manière d'assurer la continuité et de renforcer la position en vue du départ à la retraite imminent d'Eric Verlinden, fondateur et CEO de Trevi. C'est comme cela qu’ils sont arrivés jusqu’à nous. Tout a été vite. Les premiers contacts datent de octobre 2020, et le deal était scellé début décembre. OP-Trevi est aujourd'hui une filiale à 100% de Partners Group et a l'ambition et les moyens de croître notablement dans les prochaines années.’

De quatre à 120 collaborateurs

La croissance est dans L’ADN d’OP. Guillaume Pinte a fait son entrée dans le secteur immobilier en 2012 avec la reprise de la société Knuets Immobilier, qui réalisait alors un chiffre d'affaires de 450.000 EUR avec quatre collaborateurs. Un an plus tard, il reprenait OP, une référence sur le marché bruxellois dont les racines remontent à 1875, mais qui a connu une histoire turbulente depuis les années ’90 avec des changements d’actionnaires successifs. OP est devenue une société stable à la croissance rapide sous la direction de Guillaume Pinte. Au moment de la fusion avec Trevi, OP réalisait, avec 120 collaborateurs, un chiffre d'affaires brut de 12 MEUR dans trois pays, avec des agences à Anvers, Bruxelles, Gand et Luxembourg. La société compte également un établissement en Tunisie, où est hébergée une partie du back-office administratif.

 Indépendant de Foncia

L'étape suivante, dans la croissance, était la constitution d’OP-Trevi et le renfort  des cinq branches dans lesquelles le groupe est actif: 1) services de syndic, 2) gestion locative, 3) vente d'immobilier existant, 4) commercialisation de projets neufs et 5) gestion corporate (B2B).

OP-Trevi est en mesure de placer ses propres accents. Guillaume Pinte leve ainsi d’embIée un malentendu: 'OP-Trevi n’opère plus comme le département belga-luxembourgeois de Foncia. Nous sommes une filiale totalement indépendante de Partners Group, à qui je fais rapport directement. Foncia est une marque forte en France, à la tête de ó00 agences, 12.000 collaborateurs, et qui   dégage un chiffre d'affaires de plus d'un milliard d’euros. Nous pouvons bien entendu faire appel à leur know-how, mais Partners Group compte également des sociétés immobilières en Allemagne et aux Pays-Bas notamment. Ainsi, nous faisons désormais partie d'un réseau pan-européen fort.

 Successeur pour Verlinden 

En attendant, Guillaume Pinte est en train de préparer OP-Trevi à une prochaine phase de croissance. Nicolas Renders a été recruté récemment comme COO. Il s’est forgé vingt-cinq années d’expérience dans la gestion patrimoniale et d’investissements institutionnels auprès de sociétés comme Deka lmmobilien, AXA IM Real Assets et Colliers Global Investors. Il est maintenant responsable de la gestion opéraôonnelle du groupe, de la gérance de bâtiments et de la filiale au Luxembourg.

Eric Verlinden continue de superviser le courtage pour l'instant, tant du réseau propre que de la franchise. Un successeur est néanmoins recherché puisqu'il mettra un terme à ses tâches fin 2022. Selon Guillaume Pinte, ce recrutement peut être opéré tant en interne qu'en externe: ‘Ce n’est pas évident car Eric n’est pas seulement le visage de Trevi: il est aussi l’un des ‘captains of industry' de l’immobilier résidentiel. Nous recherchons un profil bilingue; quelqu'un qui connaît aussi bien le marché immobilier secondaire que le neuf, et qui entretient de bons contacts avec les promoteurs.

Croissance par les acquisitions

Le chemin de croissance qu’a balisé Guillaume Pinte et pour lequel ii peut compter sur le soutien financier de Partners Group est clair. Les deux marques OP et Trevi continuent d'exister et l'objectif est l'expansion dans tous les segments où la société est active. De manière organique par une meilleure intégration et des synergies entre Trevi et OP, et en externe par le biais d’acquisitions. Rien que pour cette année, cinq acquisitions sont déjà dans le pipeline, dont trois seront finalisées cet été.

Guillaume Pinte:"Le monde de l’immobilier change rapidement et une ampleur minimale semble nécessaire pour rester pertinent en tant que société de services. Les acteurs de plus petite envergure ne sont pas en mesure de fournir les investissements notamment nécessaires dans la numérisation. Nous comptons doubler notre chiffre d’affaires au cours des cinq prochaines années. Mais les choses étant ce qu’elles sont actuellement, nous atteindrons peut-être déjà cet objectif d'ici trois ans. Nous franchirons d’ores et déjà le cap des 30 millions d'euros cette année."

Gestion pour clients professionnels 

Le CEO voit dans la gestion immobilière pour clients professionnels une importante tremplin de croissance. il entend continuer à développer le département qui opère sous le nom de Trevi Corporate, et un ‘rebranding‘ suivra sans doute à terme. Trevi Corporate gère déjà actuellement un appréciable portefeuille d'appartements, de bureaux et de commerces. A terme, l'expansion devrait toutefois provenir de la gestion résidentielle, estime-t-il.

Guillaume Pinte: ’Une raison pour laquelle le marché de l'investissement institutionnel a plus difficile à décoller en Belgique est la gestion. Chez nous, peu d'acteurs sont à môme de gérer de gros portefeuilles résidentiels de plus de mille unités. Le niveau de reporting et de numérisation que demandent des investisseurs institutionnels est élevé. Nous avons investi considérablement à ce niveau-là, chez OP, au cours des dernières années. Toutes nos procédures se déroulent désormais numériquement. Il n'y a plus de papier au bureau, même pas d'archives physiques. Une importante clé du succès de cette opération est l'agence en Tunisie, où des collaborateurs hautement qualifiés suivent une grande partie de l’administration et de la comptabilité.'

’Le marché locatif institutionnel est toutefois en train de gagner du terrain et on observe du coup un potentiel considérable pour la gestion pour des entreprises comme OP, à même de supporter cette masse critique. Pour les investisseurs institutionnels qui ont peu d'expérience en termes de gestion d’immobilier résidentiel, un partenaire externe expérimenté constitue la solution idéale. Un property management inadéquat peut représenter un important poste de pertes. Nous ne visons pas d'emblée une croissance en tant que spécialiste de l'investissement ou comme asset manager. Le marché de l’investissement proprement dit est très international et les investisseurs collaborent déjà bien avec  les grands agents immobiliers internationaux. Mais nous suivons le marché de près. Plusieurs fonds résidentiels belges sont en chantier. Nous entretenons des contacts étroits avec tous ces acteurs. Nous pourrons bientôt dévoiler un important nouveau mandat de gestion de ce côté-là.'

Opportunités en Wallonie

Guillaume Pinte se voit conforté dans son ambition de croissance en gestion professionnelle par la solide position qu'occupe la société dans le triangle Anvers-Bruxelles-Gand. C'est là que se trouvent les deux tiers de la richesse belge  et c'est la région où les investisseurs regardent en premier lieu.

Dans le reste de la Flandre, le groupe fusionné est toutefois confronté à des collègues robustes comme Dewaele Vastgoedgroep et Vande Moortel Real Estate. ’Nous y identifions encore malgré tout des opportunités' souligne Pinte. ’Nous y suivons une stratégie différente de celle de nos concurrents avec notre approche centralisée et uniforme. Nous misons moins sur l’ancrage local par le biais d’un réseau d’agences.'

Il identifie également des parts de marché en Wallonie. Guillaume Pinte: 'La concurrence est beaucoup plus faible. C'est un marché modeste mais néanmoins intéressant et très dynamique. Ca bouge assez bien pour l’instant. Des villes comme Namur, Charleroi et Liège sont de véritables chantiers de construction. Nous pourrons donc sans doute y ouvrir un département de gestion wallon propre d’ici peu de temps.’ OP-Trevi fait également figure de valeur sûre au Luxembourg, avec une agence propre et 24 collaborateurs.

 OP-Trevi en deux mots

OP a été constitué en 1875 par la famille Dewies. A la tête de 120 colla borateurs, la société assume un portefeuille de près de 6.000 appartements en gestion privée et dirige, en tant que syndic, 11.000 propriétés (appartements, maisons, bureaux, commerces).

 De son côté, Trevi Group est un réseau de 35 agences dans tout le pays, et est actif en immobilier résidentiel, immobilier neuf, immobilier d'entre- prise et des services comme le syndic et la gestion locative. Trevi compte actuellement 20.000 unités d'habitation et 40 projets neufs en cours de vente, et gère quelque 20.000 unités d’habitation.

 

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